
Je me réveille à 4h00 et fonce à la gare pour prendre mon train. Il arrive pile à l'heure. Lorsque je pénètre dans le wagon, il est quasi complet, sauf ma place qui m'attend. La plus part des voyageurs dorment. Je tente moi aussi de piquer un petit roupillon mais sans succès. J'ai toujours eu beaucoup de mal à fermer l'œil dans les transports. Dès que ça bouge, impossible de m'endormir. Lorsque le soleil se lève vers 6 heures, on distingue enfin les paysages. Toujours un peu les mêmes. Des champs de cannes à sucre, du maïs et des rizières à perte de vue. Il faut reconnaître que c'est beaucoup plus agréable et plus reposant de voyager en train. En plus, c'est plus rapide. Nous arrivons en gare de Surabaya à 8h30. Je trouve une autre train pour Probollingo, à une centaine de kilomètres à l’est, départ à 9h00. Pour le moment, ça se déroule pas trop mal. À la sortie de la gare de Probollingo, je trouve un mini bus qui nous emmène à la sortie de la ville. Il y a là plusieurs touristes, essentiellement occidentaux, qui attendent un véhicule pour monter à Bromo. C'est un peu le bordel dans l'organisation et certains touristes finissent par s'énerver. Finalement, on nous entasse dans un autre minibus pour une heure de route de montagne. On sent tout le monde fatigué par le voyage. La brume à recouvert la montagne. On n'y voit pas grand chose. Arrivé là-haut, c'est la course à l'hôtel. Là aussi, c'est le foutoir. On a le choix entre des hôtels de luxe et des chambres pourries, mais pas données pour autant. C'est l'arnaque à tous les niveaux. Je réussis à trouver une chambre minable chez l'habitant. Tout suinte d’humidité, c’est presque insalubre. Mais bon, je n'ai pas trop le choix. C'est ça ou redescendre. Il fait beaucoup plus froid ici. On a bien perdu 10 degrés. Il faut ressortir le pantalon et la polaire. Je fais la rencontre d'un frère et d'une sœur lyonnais très sympas. Comme nous sommes dans les nuages, on se réfugie dans un restaurant à boire des thés chauds tout en discutant. De toute manière, il n'y a que ça à faire. Certains doivent se lever à 3 heures du matin pour aller admirer le lever du soleil sur le cratère. Moi, ça ne me tente pas trop. J'ai besoin de dormir. Cette journée de voyage fut éreintante.

Comme j'ai bien fait le tour de Jogjakarta, il faut que je bouge. Je décide d'aller à Solo. Avec un peu de chance, je trouverai là-bas un train pour Surabaya. Solo se trouve à environ 70 kms au nord-est de Jogjakarta. Il faut compter une heure de train. Pour Solo, pas de problème pour en trouver un. Ce sont des trains de banlieue. Je prends celui de 9 heures. Arrivé vers 10 heures, je vais tout de suite au guichet pour me renseigner sur les trains pour Surabaya. Par chance, il y en a un avec de la place qui part à 4h30 demain matin. C'est un peu tôt mais on ne va pas faire la fine bouche. Je prends mon billet puis cherche un hôtel à proximité de la gare. J'en trouve un moderne avec clim, TV, wifi pour pas si cher que ça. Finalement, les choses s'arrangent. Tant mieux. J'ai la journée pour aller visiter la ville. Je prends un pousse-pousse qui m'emmène au centre ville. Solo est le siège d'un ancien royaume qui maintenant n'existe plus. Mais c'est aussi la ville des rébellions. En 1998, suite à la crise économique asiatique, les habitants ont mis la ville à sac. Ce sont surtout les commerçants chinois qui ont morflé. Leurs boutiques ont été pillées et brûlées. Le Kraton du Sultanat a aussi subi de sérieux dégâts. Mais il se visite quand même. Bon, il faut être honnête, il n'y a pas grand chose à voir hormis la collection de calèches des sultans. Il y en a de toutes les époques. Je me promène dans le centre ville mais comme nous sommes dimanche, il n'y a pas grand chose d'ouvert. Je retourne à l'hôtel en passant par les petites ruelles qui longent les canaux. C'est relativement calme. Les enfants me font de grands sourires. Hello mister ! Dommage que les canaux servent de poubelles. Ça doit grouiller de moustiques. J'essaie de me coucher tôt pour dormir un peu avant le départ. Juste au bas de ma fenêtre, il y a un concert de musique traditionnelle. C’est assez joli, mais moi qui ne voulait pas faire de vieux os ce soir, c'est pas de chance.

Celui qui a eu la chance de visiter Angkor Wat au Cambodge trouvera les temples d'Indonésie beaucoup moins impressionnants. Ceux de Borobudur et de Prambanan n'échappent pas à la règle. Ils sont classés au patrimoine mondial de l'humanité. Ils ne sont pas très loin de Jogjakarta. Je vais donc aller les voir aujourd'hui. J'ai recours aux services de la même agence qu'hier. Ils sont pros et surtout très gentils. Nous sommes un groupe de huit personnes cette fois-ci. Deux allemandes, trois étudiants parisiens et un malais. C’est fou le nombre de touristes français qu'il y a en Indonésie. Je sympathise bien avec le malais. Il travaille à Singapour comme informaticien. Il est comme moi en vacances. Mais à Singapour, ils n’ont que 15 jours par an. Donc, pour lui, c'est un peu le course. Le premier temple de Borobudur se trouve à une cinquantaine de kilomètres, au nord-ouest de Jogjakarta. Il nous faut une petite heure pour nous y rendre. On prend la même route qu'hier. Ma grande crainte, c'est de retrouver une foule de visiteurs sur place. On est samedi et les indonésiens inondent ces sites le week-end. Mais finalement, à notre grande surprise et malgré l'heure tardive, il n'y a pas grand monde. Tant mieux. Le temple, une immense pyramide carrée, est d'origine bouddhiste. Il est situé dans un très joli parc très bien entretenu. La lumière du matin est claire ce qui promet de belles photos. Ce temple a été détruit maintes fois par des tremblements de terre, des éruptions volcanique et même par des attentats terroristes. Mais chaque fois, ils l'ont reconstruit à l'identique. Il y a de très beaux bas-reliefs avec différentes scènes de la vie des souverains de l'époque. Je les soupçonne d'être récents car ils sont en trop bon état. La pierre du coin est grise, volcanique bien sur. Ça donne un côté austère. Les peintures d'origine des stûpas situés au sommet ont disparu. De là-haut, on a une très jolie vue sur les chaînes des volcans environnant. On a deux heures pour admirer le monument. Pour éviter de passer par les boutiques pour touristes, je rebrousse chemin jusqu'au point de rendez-vous. Puis nous partons pour l'autre temple, hindou celui-là. Il est situé à une dizaine de kilomètres à l'est de Jogjakarta. Nous empruntons les petites routes transversales ce qui nous permet d'admirer la campagne. Il est midi. Il commence à faire très chaud. Nous allons déjeuner vite fait dans un boui-boui puis nous allons visiter le site. Comme il fait très chaud, il n'y a pas trop de monde. Un tremblement de terre à mis récemment un grand nombre de monuments par terre. C'est en pleine reconstruction. Je pense que dans quelques années, beaucoup auront été reconstruits. Je me balade dans le parc avec le malais. Il prend lui aussi des photos avec son smartphone et une perche pour pouvoir faire des selfies. Il y a un bouton sur la manche pour déclencher la photo. Marrant. Retour à Jogjakarta vers 16 heures. Je passe à la gare pour me renseigner sur les horaires de train pour Subaraya. Tout est complet jusqu'à mardi. La poisse. Il va falloir que je trouve une autre solution sinon je vais rester coincé ici un bon moment.

Je ne sais pas pourquoi mais j'ai eu envie d'aller voir le plateau de Dieng. C'est la zone habitée la plus haute de Java à environ 2000 mètres d'altitude. Je voulais y aller depuis Pangandaran. Mais c'était trop galère par les transports publics. On m'a dit que c'était plus simple par le biais d’un circuit organisé depuis Jogjakarta. Nous voilà donc parti pour quatre heures de trajet. La route passe par la montagne. Elle tourne beaucoup mais elle est plutôt jolie. Nous sommes un petit groupe de neuf personnes. Un couple de tchèques, un sud-africain, trois hollandaises et un couple de bretons. Tous très sympas. Je sympathise avec les bretons. Ça fait du bien de reparler français. Nous traversons des forêts, des rizières et des champs de pommes de terre. Mais il y a encore beaucoup de monde, même dans les campagnes. Avant d'arriver sur le plateau, la route monte sévèrement. Le minibus tousse parfois un peu. Mais notre chauffeur y croit, c'est le principal. Notre première impression là-haut c'est qu'il fait bien plus frais qu'en bas. On a perdu au moins dix degrés. On regrette presque de ne pas avoir emporté une petite laine. On visite quelques vieux temples. Il parait qu'il y en a plus de 2000 dans les environs. Mais la plus part sont en ruines ou invisibles. C'est surtout pour admirer les beaux paysages de montagnes qu'on vient ici. Et on est pas déçu du voyage. Puis on va faire une petite marche autour d'un lac volcanique. Sympa, sans plus. Dommage qu'il y ait en permanence des bruits de moteurs de pompes pour irriguer les champs. Le guide voulait qu'on redescende à Wonosobo pour déjeuner. Mais d'un commun accord, on le pousse à nous trouver resto dans le coin. Il est déjà 15 heures et on crève tous de faim. Tant pis pour sa commission. Il nous trouve un petit boui-boui dans le village de Dieng. C'est pas le grand luxe mais ça se laisse manger. Puis, c'est la longue route du retour. Nous retrouvons Jogjakarta vers 19 heures bien fatigués. Nous avons passé une bonne journée. On se dit au revoir, une bonne douche et au lit.

J'ai investi dans des boules Quies plus efficaces. J’ai oublié les miens à Pangandaran. J'ai donc vachement bien dormi et fait la nique aux muezzins. Je savais bien que je finirai par les avoir. Ce matin, je vais visiter le Kraton, le palais des sultans. Je retrouve la foule des touristes. Mais quand on est tout seul, on arrive à éviter les groupes. L'endroit est assez agréable. Il y a de la fraîcheur partout. Ils savaient vivre ces sultans. Il n'y a rien d'extraordinaire mais ça vaut le coup d'œil. Il y a encore un sultan en activité à Jogjakarta. Comme son grand-père, très aimé du peuple, a filé un coup de mains aux révolutionnaires pour foutre les hollandais dehors, on lui a permis de conserver son palais et certains de ses avantages. Il a encore une cour et un millier de personnes qui bossent pour lui. La demeure où il réside ne se visite pas mais le reste des bâtiments, oui. On a l'impression de se retrouver cent ans en arrière. Il y a même des musiciens qui jouent de la musique traditionnelle. Ça fait le bonheur des touristes. Un peu plus loin, il y a le Taman Sari, le parc d'agrément des anciens sultans. Il est sans doute plus intéressant que le palais lui-même. Il y a des piscines et pleins d'autres petits bâtiments, la plus part en ruines. Certains ont été rénovés. Beaucoup ont été ravagés par les tremblements de terre ou par les conflits. Mais ce qui reste visible est plutôt sympa. Lorsque je sors, un petit vieux insiste lourdement pour me faire revisiter le site. Je lui réponds que j'en viens. Ai-je bien vu la mosquée ? Non ? Ça ne me dit rien ? Et hop, on y retourne. Et heureusement, car l'endroit est vraiment chouette. Ça aurait été dommage de rater ça. Je lui file un petit billet pour le remercier. Sur le chemin du retour, je m'arrête au marché central pour acheter deux chemises. Il faut que je change les miennes qui commencent à dater. Puis je passe dans une petite agence de voyage pour réserver un circuit pour aller demain visiter le plateau de Dieng. Au début, je voulais y aller par mes propres moyens mais c'est trop compliqué sans perdre un temps fou dans les transports.

La patronne de l'hôtel est une femme vraiment charmante. Elle transpire la gentillesse. Elle m'a proposé hier soir de réserver mon billet pour Jogjakarta. Bien entendu, elle prend sa petite commission au passage mais c'est quand même très pratique. Elle me propose deux solutions. Soit le bus jusqu'à la gare la plus proche puis le train soit le voyage complet en minibus. Elle me conseille la solution du train qui est paraît-il moins fatigante. De toute manière, le prix est pratiquement le même. Le problème du train, c'est qu'on ne voit pas grand chose à travers les fenêtres à cause du film translucide qu'ils collent aux carreaux pour éviter la chaleur. Ça gâche tout le plaisir du voyage. Je choisis donc le minibus. Il faudra compter 8 heures pour parcourir à peine deux cents kilomètres. Car la route est semble-t-il en mauvais état. On vient donc me chercher à 7 heures du matin. C'est un minibus pas tout jeune d'une vingtaine de personnes. J'essaie d'aller devant mais le chauffeur ne veut pas. Dommage. Je suis à l'arrière mais près d'une fenêtre. Sont du voyage plusieurs jeunes routards hollandais et allemands pas très marrants, et quelques indonésiens devant. Les paysages sont jolis mais c'est toujours un peu la même chose. Une route bordée de maisons, des rizières et au loin la jungle ou des collines. Le riz vient d'être coupé ou va l'être incessamment. Quelques brûlis par-ci par-là. Parfois on traverse des forêts, ça change. On fait une petite pose au milieu du trajet pour déjeuner puis nous voilà enfin à Jogjakarta vers 16 heures. Le minibus dépose chacun des voyageurs dans leur hôtel respectif. Comme moi je n'ai rien réservé, je lui demande de me déposer dans le quartier de Sosrowijayan. C'est là qu'on trouve tous les guesthouses pour les routards. Ça ressemble beaucoup au Kho San Road de Bangkok. C'est pas forcément un lieu que j'affectionne particulièrement, mais là au moins je suis sûr de trouver un toit. J'ai beaucoup de mal à en trouver un qui ne soit pas complet. J'en visite au moins une dizaine. Soit ils ont des chambres pourries sans fenêtre, soit ils ne leur restent que des suites hors de prix. C'est le risque de ne jamais réserver à l'avance. Mais l'avantage, c'est qu'on peut choisir l'endroit qui nous plaît. Au bout d'une heure, je finis enfin par en trouver une plutôt sympa avec une grande baie vitrée qui donne sur un balcon. L'hôtel est au calme, au centre du quartier touristique. C'est pas dans les premiers prix mais ça les vaut. Il y a même une petite piscine au milieu d'un patio. Je la teste immédiatement. Après ce long voyage ça fait un bien fou. La nuit tombée, je vais faire un tour pour sentir l'ambiance et surtout pour trouver de quoi me remplir le bide. Je crève de faim. Sur l'avenue centrale, il y a un monde fou. Des boutiques de batiks partout. Il parait que c'est ici qu'on fait les plus beaux. Je retrouve les touristes occidentaux que j'avais un peu perdu de vue. Jogjakarta attire beaucoup de visiteurs du monde entier pour venir admirer les sites de Borobudur et de Prambanan. Les équivalents d'Angkor au Cambodge. Je compte bien aller les voir prochainement. Je m'envoie un plat de nouilles sautées dans un resto indonésien. Un peu de lessive puis hop, au lit.

Pangandaran est une petite ville balnéaire sur la côte sud de Java. C'est une presqu'île. Les indonésiens viennent souvent ici pour y passer leur week-end ou leurs vacances. C'est en fait la première fois que je vois la mer depuis que je suis en Indonésie. Je vais me balader le long de la plage. Elle est plutôt propre. Il n'y a pas grand monde. Quelques surfeurs qui font des figures incroyables sur leur planche, des pêcheurs et quelques touristes bien sur. Très souvent, des indonésiens me demande la permission de me prendre en photo avec eux. Avec mes lunettes de soleil, je dois ressembler à un acteur américain. J'accepte à condition que je puisse les prendre eux aussi en photo. Ils sont ravis. Ils ont tous un smartphone et ne cessent de s'en servir pour prendre n'importe quoi en photo. Certains sont même équipés de perche pour pouvoir se prendre en selfie. C'est rigolo. Sur la plage, il y a beaucoup de jolis bateaux de pêcheurs. Certains les utilisent pour balader les touristes. Tout le long de la plage, il y a des échoppes ou des restaurants. Mais la plus part d'entre eux sont fermés. Ils n'ouvrent dans doute que le week-end. Au bout de la presqu'île se trouve une réserve naturelle. Le ticket d'entrée est tellement cher que ça ne me tente pas du tout. En plus, le type du resto d'hier soir m'avait dit qu'il n'y avait pas grand chose à y voir en ce moment. C’est la saison sèche. Les animaux se planquent et il n’y a pas de fleurs. Je préfère continuer ma balade de l'autre côté de la presqu'île. C'est là que se trouvent les pêcheurs. C'est intéressant. Les hommes dénouent les filets et les femmes trient les poissons qu'elles font sécher sur des nattes de bambous. Je rencontre aussi un tailleur de pierres volcaniques qui fait des bijoux. Les rues intérieures sont plus paisibles car elles sont plus étroites. Ça change de Jakarta. On peut enfin apprécier la marche à pied. Je déjeune dans une petite gargote sur la plage. Ce n'est pas de la grande cuisine mais ce n'est vraiment pas cher; l’équivalent de 2 euros seulement.

Ce matin, le temps est clair. On arrive enfin à apercevoir les chaînes de volcans à l'horizon. Aujourd'hui, ça ne va pas être de tout repos. Il faut que j'arrive à Pangandaran avant ce soir. Une étape de 300 kilomètres. Je sens que ça va être la course. Un type de l'hôtel m'arrête un touk-touk dans la rue pour me rendre à la gare routière. J'aurai pu m'y rendre à pied mais il parait que c'est assez loin. Le touk-touk me dépose à un grand carrefour en me faisant comprendre qu'il faut que j'en prenne un autre dans cette direction. Ce que je fais. J’ai bien fait de les prendre car la gare routière est à l'autre bout de la ville. Je trouve un bus pour Badung assez facilement. La route longe les rizières. C'est assez joli. Puis on traverse dans la banlieue de Bandung. C'est la troisième ville du pays avec 8 millions d'habitants. Rien de folichon apparemment. Bouchons et pollution évidemment. Nous mettons une éternité à rejoindre la gare routière. Malheureusement, les bus pour Pangandaran partent d'une autre gare routière, située à l'est, de l'autre côté de la ville. Je prends donc un bus public qui fait la navette entre les deux gares. Toutes les avenues sont bouchées. Il nous faudra plus d'une heure et demi pour nous y rendre. Et bien entendu pas de clim dans le bus, c’est un vrai sauna à l’intérieur. Arrivé enfin à la gare routière, j'aperçois le bus pour Pangandaran qui va partir instamment. Je n'ai même pas le temps de manger un morceau. Tant pis, je mangerai mieux ce soir. C'est un vieux bus sans clim avec de la musique indonésienne à fond. J'ai le haut-parleur en plein dans la tronche. Je mets mes écouteurs pour atténuer un peu le bruit. Nous revoilà partis pour 8 heures de bus. On quitte d'abord la banlieue de Bandung. Rien d'intéressant, c'est dans l'ensemble assez moche. Des échoppes et des habitations inachevées tout le long de la route. Lorsque nous grimpons dans la montagne, elle devient plus jolie. Enfin de la vue sur autre chose que des garages et des marchands de meubles. Je commençais à me demander si la campagne existait ici. Jusqu'à présent, c'était quand même très urbanisé. La route est longue, très longue. Elle n'en finit pas. Nous faisons quelques haltes dans les gares routières des villes que nous traversons et une un peu plus longues dans un resto routier pour casser une croûte. Bien entendu, à chaque arrêt, des marchands ambulants nous proposent leur babioles. Il y a de tout. Des boissons, de quoi manger, des fruits et même des couples-ongles. L'un d'eux vend des fruits qui ressemblent à des énormes fraises. Comme j'ai l'air surpris, il m'en offre une. En fait, ça n'en est pas. Ce sont comme des lichees secs avec un petit goût de fraises. C'est pas mauvais mais sans plus. Lorsque nous arrivons enfin à Pangandaran, il fait nuit depuis longtemps. Il est 20h30. Je suis lessivé. Grâce au GPS de mon smartphone, je peux tout de suite repérer l'endroit où se trouvent les guesthouses. C'est qu'en même vachement pratique ce truc. On gagne un temps fou et ça évite d'être dépendant des taxis. Le bus nous dépose à un grand carrefour et je marche un petit quart d'heure jusqu'à la plage. Il faut que je visite trois guesthouses avant de trouver une chambre. Tout est complet. Vacances obligent. Finalement, j'en trouve une pas trop mal en étage, donnant sur un joli patio. Je prends une douche salvatrice puis vais sur la plage pour essayer trouver de quoi manger. Il est déjà 22 heures. Il n'y a pas grand monde dans les rues mais je finis par trouver une gargote qui sert des plats de nouilles chinoises. J'ai tellement faim que ça me parait excellent. Je discute un long moment avec un client du resto très sympa. Il est du coin et il me raconte ses souvenirs du tsunami de 2006 qui a tout dévasté ici. Il a perdu au passage deux dents de devant, sa maison et plusieurs membres de sa famille. Mais il reste philosophe. Je retourne à l'hôtel pour une bonne nuit bien méritée.

Je suis réveillé en sursaut à 3 heures et demi du matin par le muezzin. Mais il est fou ce type. Il ne dort jamais ? Quel est l'intérêt d'emmerder tout le monde si tôt ? Pas la peine de s'énerver. On va le laisser finir ses incantations et on se rendormira après. Je m’aperçois qu'il y a au moins une vingtaine de moustiques collés au voile de ma moustiquaire. Ils regardent sûrement le rosbeef à travers le grillage. Il y en a même un qui a réussi à rentrer à l’intérieur. La chasse est inégale, il ne peut pas s'échapper. Je lui règle son compte rapidement. Je me lève vers 8 heures. Le café et le thé sont offerts. J'en profite pour m'en servir deux tasses. C'est du café moulu. Comme il n’y a pas de filtre, il faut laisser reposer le marc au fond du verre avant de le boire. Sinon, on mange plus qu’on ne boit et c'est pas terrible. Je discute avec un type de l'hôtel qui me propose de m'emmener jusqu’à Cibonas en moto. Il va là-bas pour voir de la famille. Je lui explique que pour rien au monde je ne monterai à l'arrière d'une moto. Si je ne conduis pas, je flippe. Surtout quand on voit comment roulent les gens ici. Je veux me rendre vers l'est mais je ne sais pas trop bien où. Mon objectif est de me rendre à Pangandaran au bord de mer, sur la côte sud. Mais c'est assez loin. Il faut que je trouve un point de chute au milieu. Et le Lonely n'indique rien de folichon. En tout cas, pas question de rester une journée de plus à Gobor. J'en ai fait le tour. Et cette ville est trop bruyante pour moi. On me déconseille de partir aujourd'hui sur la route qui va à Bandung. Nous sommes dimanche et il y aura, comme chaque dimanche, des bouchons énormes. Les gens de Jakarta viennent en masse passer le week-end dans la montagne où il fait plus frais qu’à la capitale. Ça provoque des bouchons monstrueux. Tant pis, je le tente quand même. Et puis, c'est une expérience comme une autre. Mon sac fait, je vais chercher un minibus à pied. C'est de l'autre côté du parc. Je passe devant le marché, bien animé. Les odeurs ne sont pas toujours très bonnes. Un mélange de refoulement d'égout et de légumes pourris. Un marché sous les tropiques quoi. À force de demander aux passants où je peux trouver mon minibus, je me retrouve à la sortie de la ville. Au loin, un type à côté d'un minibus blanc me fait signe. Il va à Cianjur et passe donc par le col de Puncak. C'est parfait pour moi. Il attend encore quelques passagers, puis c'est parti. J'ai pu négocier une place à côté du chauffeur, près de la fenêtre. C'est l'endroit idéal pour prendre des photos. Au début ça roule plutôt bien. Je me dis que le type de l'hôtel avait peut-être exagéré. Mais dès qu'on attaque la montagne, les choses se compliquent. C'est bouché dans les deux sens. Il y a quatre files de bagnoles sur une route à deux voies. C'est l'enfer. Ça n'avance presque pas et ça pue. Notre chauffeur joue des coudes et passe sur les bas côtés. Gonflé le mec. Les motos slaloment entre les voitures. C'est l'anarchie complète. S'il ne faisait pas si chaud, ça pourrait être marrant. Au bout d'une heure, ça se débloque dans notre sens. La montée jusqu'au col est relativement fluide. Par contre, pour nos amis qui redescendent de l'autre côté, c'est une autre affaire. Ils sont carrément stoppés. Dix kilomètres de bagnoles à l'arrêt. Impressionnant ! Bonne chance les gars ! Plus on monte, plus il faut frais. J'avais l'intention de m'arrêter au col pour me balader un peu mais vu le nombre de gens là-haut, j'abandonne l'idée. Puisque le minibus va jusqu'à Cianjur, c'est là que j'irai. Il n'y a pas grand chose à y faire mais ça m'avancera. Le paysage change un peu. On voit enfin des plantations de thé et des rizières. Le chauffeur me dépose à l'hôtel Leindel, sur la route principale. Les chambres sont assez sommaires mais elles donnent sur un joli petit jardin. On entend certe le bruit de la route mais l'endroit a son charme. Je vais quand même à jeter un coup d'œil dans l'hôtel plus récent situé un peu plus loin. En chemin, je m'arrête déjeuner dans un grand restaurant indonésien. Comme il est est déjà 16 heures, il n'y a plus personne. Mais ils acceptent quand même de me servir. On me prépare un excellent poisson grillé accompagné de riz blanc et d'une sauce au piment. Délicieux. Puis je me rends à l'autre hôtel. Il est certe plus moderne mais n'a aucun charme. Les chambres n'ont même pas de fenêtre. Le garçon m'explique qu'en général, on ne vient ici que pour dormir. Alors les fenêtres, ça ne sert pas à grand chose. Bref, je ne suis pas emballé, je retourne au premier. Il n'a pas la clim et l'Internet mais il est quand même plus sympa et en plus beaucoup moins cher. J'ai droit à une immense chambre au premier étage avec vue sur le patio. Le bruit de la route finira bien par se calmer.

Je suis réveillé par les cris d'une femme hystérique et des claquements de porte violents . Bizarre, on aurait dit que la femme parlait en français ? Puis plus rien. Sans doute une scène de ménage ? Un petit plongeon dans la piscine puis petit déjeuner sur la terrasse. Je ne me lasserai jamais de ce panorama sur la ville. Ce matin, je commence mon périple. Je quitte Jakarta pour aller à Gobor, à une centaine de kilomètres au sud. Il parait qu'il y a là-bas un très beau jardin botanique qui date de la période coloniale hollandaise. Un des plus grands d'Asie, à ce qu'il parait. Je prépare mon sac puis quitte l'hôtel en direction de la gare de Gambir. Elle est à côté de la place de l'Indépendance, à un petit quart d'heure à pied. Arrivé là-bas, la guichetière me dit que les trains pour Gobor ne s'arrêtent plus ici. Il faut aller à une station plus loin. Bizarre ? Mon guide m'indiquait pourtant qu'il fallait que je me rende dans cette gare ? Il n'est sans doute plus à jour. Bref, me voilà reparti à pied. Je commence à vraiment saturer de la circulation ici. Ça pue et c'est très bruyant. Au bout d'un quart d'heure, j'arrive enfin à la station de Gondangdia. Le billet de train pour Gobor coûte une misère, l’équivalent d’environ 50 centimes d’euro. Sur le quai, un réfugier afghan s'assoie à côté de moi et me propose de m'accompagner jusqu'à Bogor. Je sens le coup foireux et lui demande d'aller dénicher un autre couillon. Comme je ne comprends rien à ce que dit le haut-parleur de la gare, un monsieur très gentil m'indique dans quel train je dois monter. Comme nous sommes en début de ligne, je trouve aisément une place pour m'asseoir. Mais très vite, le train se remplit. Les gens s'entassent comme dans le métro aux heures de pointe. Heureusement, le wagon est climatisé. Je suis surpris de voir qu'ici les jeunes se lèvent facilement pour céder leur place à une femme ou à un vieux. Il y a longtemps qu'on ne voit plus ça en France. Je suis le seul occidental dans la rame. J'ai donc droit à un paquet de sourires. Un enfant assis à côté de moi, un peu effrayé, raconte à sa mère que j'ai vraiment un très grand nez. Rires. Les discussions ne sont pas faciles car peu de gens parlent anglais. Et quand ils le baragouinent, on ne comprend pas grand chose. Le train roule à bonne allure. Une petite heure suffit pour arriver au terminus de Bogor. Un monde incroyable sort des trains pour rejoindre la sortie. Je suis immergé dans la foule. Je me dirige à pied vers le centre ville. Il n'est pas bien loin. Pour quelques roupies, un vendeur de rue me propose une brochette de fraises enrobées de chocolat. C'est très bon. Je finis par trouver un guesthouse qui est indiqué dans mon guide. Il est un peu miteux mais la vue de la chambre sur la ville est magnifique. Le hic, c'est qu'il est juste en face d'une mosquée. Et chaque fois que le muezzin chante, j'ai droit, pour le même prix, à une bonne dose de décibels. J'espère que les boules Quies seront efficaces cette nuit. Comme il est midi, je vais déjeuner dans un chouette restaurant du quartier qui a une vue panoramique sur la ville. On y mange de la bonne cuisine indonésienne pour pas trop cher. Puis, je vais visiter le fameux jardin botanique. Il est situé juste à côté, en plein centre ville. Il fait une centaine d'hectares. Les hollandais l'avaient créé pour tester des plantes. Finalement, il a terminé en parc. On y trouve des plantes de partout. Du Cambodge, de Malaisie, de Bornéo, d'Indonésie bien sur, mais aussi de Madagascar ou du Brésil. Je pense qu'un botaniste doit être ravi ici. Moi, ce que je préfère, c'est son calme. Loin du tumulte de la ville. Comme on est samedi, beaucoup d'indonésiens viennent ici pour se promener ou pour pique-niquer. Mais dès qu'on s'éloigne un peu de l'entrée du parc, il n'y a plus grand monde et c'est assez agréable. On ne peut pas dire qu'il soit très bien entretenu mais il est propre. J'y reste bien trois ou quatre heures jusqu'à ce que le ciel s'assombrisse et que la pluie menace. Sur le chemin de la sortie, trois jeunes filles discutent avec moi. Elles veulent savoir d'où je viens, si je me plaît ici, si je suis marié. Bref, les questions habituelles. Elles veulent prendre une photo avec moi. D’accord si je peux moi aussi les prendre en photo. J'arrive à l'hôtel juste avant le déluge. Une pluie bien tropicale avec des trombes d'eau qui jaillissent des gouttières. L'orage dure une petite heure. Ça rafraîchit bien l'atmosphère. Il faisait vraiment lourd.